Iran : ce qu’il faut savoir en 2026 sur les Gardiens de la révolution, dans le viseur de l’Union européenne

Rédaction: Africa Eye
Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) occupe une place centrale dans l’architecture politique, militaire et économique de l’Iran. Accusée par plusieurs pays occidentaux de jouer un rôle clé dans la répression violente des manifestations qui secouent le pays depuis décembre, cette force paramilitaire pourrait être prochainement inscrite par l’Union européenne sur la liste des organisations terroristes, à l’initiative notamment de l’Italie. Une perspective qui suscite de vives tensions diplomatiques avec Téhéran.
Créé en 1979 dans la foulée de la révolution islamique, le CGRI a été conçu comme une « armée idéologique » chargée de défendre les fondements du régime et l’autorité du guide suprême. Les « Pasdaran », comme on les appelle en persan, compteraient entre 150 000 et 200 000 membres. Contrairement à l’armée régulière iranienne, dont la mission principale est la défense du territoire national, le CGRI est directement loyal au pouvoir religieux et intervient aussi bien sur le plan intérieur que régional, notamment à travers son soutien à des alliés comme le Hezbollah libanais ou des groupes armés en Irak.
Cette dualité militaire, instaurée dès l’origine par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, visait à prévenir toute tentative de coup d’État et à disposer d’une force capable de neutraliser les menaces contre la révolution. Depuis plus de quatre décennies, les Gardiens de la révolution ont été déployés lors de presque toutes les grandes vagues de contestation en Iran. Aujourd’hui encore, ils sont soupçonnés d’être en première ligne dans la répression des manifestations récentes, qui auraient fait plusieurs milliers de victimes selon diverses sources.
Leur puissance ne se limite pas au champ militaire. Les observateurs estiment que le CGRI contrôlerait entre 40 % et 70 % de l’économie iranienne, à travers un vaste réseau d’entreprises actives dans des secteurs stratégiques : énergie, infrastructures, télécommunications, finance ou encore technologies. Leur budget militaire annuel serait compris entre 6 et 9 milliards de dollars, soit près de 40 % du budget de défense officiel du pays. Cette influence économique se double d’un poids politique considérable, nombre d’anciens cadres du CGRI occupant des postes de ministres, de gouverneurs ou de hauts responsables de l’État.
Sur le terrain, les Gardiens s’appuient sur un appareil sécuritaire étendu, incluant un réseau de renseignement interne et la milice des Bassidj, forte de plusieurs centaines de milliers de membres. Ces derniers, présents dans toutes les strates de la société, jouent un rôle déterminant dans le contrôle social. Selon des experts, le CGRI mènerait désormais certaines opérations de répression de manière discrète, parfois en civil, afin de limiter l’attribution directe de violations des droits humains.
Sur le plan international, les États-Unis ont classé le CGRI comme organisation terroriste dès 2019, une décision suivie par le Canada en 2024. Plusieurs pays européens, dont la Suède et plus récemment l’Italie, plaident pour une démarche similaire au niveau de l’UE, invoquant le rôle du CGRI dans la répression interne et ses activités jugées déstabilisatrices au Moyen-Orient et en Europe. La France a exprimé son soutien à cette initiative, même si l’absence de consensus entre les Vingt-Sept rend, à ce stade, une décision formelle incertaine.
Faute d’accord unanime, l’Union européenne devrait néanmoins renforcer ses sanctions ciblées contre des dirigeants et des entités liées aux Gardiens de la révolution. À ce jour, plus de 230 personnes et une quarantaine de structures associées au CGRI sont déjà sanctionnées pour violations des droits humains. Téhéran, de son côté, met en garde contre de « graves conséquences » si l’UE franchissait le pas d’un classement terroriste, laissant planer la menace d’une nouvelle escalade dans des relations déjà très dégradées.



