Nouvelle plainte accusant la Banque de France de complicité dans le génocide des Tutsis

Rédaction : Africa Eye
Plus de trois décennies après le génocide des Tutsis au Rwanda, une nouvelle procédure judiciaire a été engagée en France visant la Banque de France. Déposée par Dafroza et Alain Gauthier — connus pour leurs actions visant à poursuivre les responsables du génocide présents sur le territoire français — ainsi que par le “Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda”, la plainte accuse l’institution financière de “complicité de génocide et de crimes contre l’humanité”.
Selon les informations de Libération et de la cellule investigation de Radio France, la plainte, déposée le 4 décembre devant le pôle spécialisé crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, s’appuie sur sept transferts d’argent effectués entre mai et août 1994 depuis un compte de la Banque nationale du Rwanda logé à la Banque de France. Le montant total, estimé à 3,17 millions de francs français (environ 486 000 euros), aurait servi à financer l’acquisition d’armes et de matériel de communication, malgré l’embargo décrété par l’ONU le 17 mai 1994.
La procédure repose notamment sur le témoignage de l’experte internationale Kathy Lynn Austin, qui affirme que des “instructions précises” auraient été données aux banques pour transférer ces fonds vers Paris. Selon elle, la Banque de France “aurait dû s’interroger” sur ces mouvements financiers, compte tenu du contexte : alors que les massacres faisaient la une des médias, une autorité gouvernementale de transition — dépourvue de légitimité constitutionnelle — contrôlait les comptes publics rwandais.
Interrogée, la Banque de France indique ne conserver aucune trace de ces opérations, les documents bancaires étant détruits après dix ans, et estime que les montants évoqués “pourraient correspondre à des dépenses de fonctionnement”.
Pour Alain Gauthier, cette absence d’archives illustre surtout le “ralentissement extrême” des dossiers liés au Rwanda, rappelant que d’autres affaires du même type, comme celle visant BNP Paribas en 2017, sont toujours en attente.
Mariama Keita, proche de l’activiste François-Xavier Verschave — pionnier des révélations sur les dérives de la “Françafrique” et sur les responsabilités françaises dans le génocide — affirme poursuivre son engagement pour faire la lumière sur le rôle présumé de plusieurs banques françaises.
Le génocide rwandais, déclenché après l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana en avril 1994, a entraîné l’assassinat d’environ 800 000 personnes en cent jours, principalement des Tutsis et des opposants hutus. La plainte s’inscrit dans la continuité des efforts visant à établir les responsabilités politiques, militaires et financières ayant permis la poursuite des massacres.



