Malawi : un bras de fer judiciaire et politique entre deux présidents… pour la garde de quatre chiens

14 janvier 2026

Rédaction: Africa Eye

Alors que l’actualité internationale est dominée par les conflits géopolitiques et les crises économiques, le Malawi se retrouve plongé dans une affaire aussi singulière qu’embarrassante : un conflit judiciaire entre le président sortant et son successeur autour de la garde de quatre chiens de sécurité entraînés, devenu un véritable casse-tête politique et institutionnel.

Selon le Wall Street Journal, l’affaire débute après la défaite électorale de l’ancien président Lazarus Chakwera, âgé de 70 ans, lors de la présidentielle de septembre dernier. Avant de quitter le palais présidentiel de Lilongwe, celui-ci aurait ordonné le transfert de quatre chiens de garde vers sa résidence privée.

L’ancien chef de l’État soutient que ces chiens, entraînés à détecter des armes et même des objets liés au “sorcellerie noire”, font partie intégrante de ses privilèges sécuritaires en tant qu’ancien président. Une position vivement contestée par son successeur, Peter Mutharika, 85 ans, qui estime que ces animaux sont des ressources publiques, assimilables à des agents de l’État, et ne peuvent en aucun cas être appropriés à titre personnel.

Le différend a pris une tournure spectaculaire lorsque le nouveau président a ordonné l’envoi d’une unité de 80 policiers pour récupérer les chiens. Chakwera a toutefois refusé d’ouvrir sa résidence, plongeant le pays dans une impasse juridique et politique inédite. Fait notable, Mutharika, juriste formé à l’université de Yale, a retardé son installation officielle au palais présidentiel pendant plus de deux mois, invoquant l’incomplétude de son dispositif de sécurité en l’absence des chiens.

L’affaire s’est rapidement invitée dans les tribunaux, le Parlement et les réseaux sociaux, polarisant l’opinion publique. Les partisans de Chakwera dénoncent une persécution politique, tandis que certains soutiens, dont le pasteur James Sikia, affirment que les chiens sont indispensables pour protéger l’ancien président contre des menaces mystiques, largement prises au sérieux par une partie de la population.

Le dossier a même pris une tournure burlesque devant la justice. Les autorités réclamaient initialement la restitution de chiens bergers allemands, avant qu’il ne soit établi qu’il s’agissait en réalité de bergers hollandais et de malinois belges. Cette erreur technique a permis aux avocats de Chakwera de faire suspendre certaines procédures de perquisition.

Sur le plan pénal, un ancien collaborateur de l’ex-président, Godfrey Galala, a été arrêté pour avoir prétendument transporté les chiens à l’aide d’un véhicule gouvernemental. L’affaire est toujours en cours d’examen par la justice.

Selon le Wall Street Journal, des policiers équipés de lunettes de vision nocturne encerclent encore la résidence de Chakwera, espérant apercevoir les chiens afin de justifier une intervention légale. En vain, jusqu’à présent.

Comme l’a résumé avec ironie un habitant de Lilongwe : « Ces chiens semblent avoir appris l’art de la disparition », laissant derrière eux un pays entier partagé entre incrédulité et amusement, et une question devenue nationale : s’agit-il d’animaux domestiques… ou de policiers à fourrure ?