Gaz naturel : au Qatar, les géants de l’énergie critiquent les politiques européennes

Rédaction : Africa Eye
Réunis à Doha lors de la première journée du Congrès international du gaz naturel, les dirigeants de plusieurs grandes entreprises mondiales du secteur ont vivement critiqué, lundi, les politiques énergétiques et environnementales menées en Europe. Ils ont estimé que les cadres réglementaires européens freinent les investissements, alors même que la demande mondiale de gaz est appelée à croître durablement dans les années à venir.
S’exprimant lors de la session principale, le directeur général de Shell, Wael Sawan, a jugé que l’Europe avait « exagéré dans la multiplication des règles et des réglementations », créant selon lui des contradictions qui entravent le fonctionnement des entreprises énergétiques et compliquent la planification à long terme.
De son côté, le ministre d’État qatari aux Affaires de l’énergie et PDG de QatarEnergy, Saad ben Sherida al-Kaabi, a appelé à confier l’élaboration des politiques énergétiques à des décideurs maîtrisant les réalités de l’industrie du gaz. Il a mis en garde contre l’imposition de taxes et de contraintes excessives qui se répercutent, in fine, sur les prix payés par les consommateurs.
Al-Kaabi a également assuré que QatarEnergy poursuivait ses efforts pour réduire les émissions, en particulier celles liées au méthane, tout au long de la chaîne de production.
Plaidoyer pour une approche réaliste
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’adopter une approche pragmatique dans la transition énergétique. « Il faut rester réaliste : des millions de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à l’énergie », a souligné le responsable qatari, en référence aux appels européens à une sortie accélérée des énergies fossiles.
Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a abondé dans ce sens, estimant irréaliste l’objectif de “zéro hydrocarbures” pour le secteur énergétique. Il a rappelé que l’essentiel des émissions se concentre dans les phases d’exploration et de production, domaines dans lesquels des marges de progrès existent encore.
Même ton du côté de ExxonMobil. Son PDG, Darren Woods, a exhorté les responsables européens à « s’éloigner de l’idéologie » dans leurs décisions concernant le pétrole et le gaz, qualifiant la situation actuelle en Europe non pas de transition énergétique, mais de « perturbation énergétique ».
Pour ConocoPhillips, représentée par son directeur général Ryan Lance, toute politique efficace doit impérativement tenir compte des coûts réels de production du gaz, sous peine de fragiliser l’ensemble du secteur.
Demande mondiale en hausse et enjeux de production
Abordant les politiques de production, Saad al-Kaabi a souligné que la croissance soutenue de la demande mondiale — notamment liée au développement des centres de données et de l’intelligence artificielle — pousse QatarEnergy à accroître ses capacités. Il a mis en avant la flexibilité et la vision à long terme des contrats proposés par le groupe, incluant des mécanismes d’arbitrage pour s’adapter aux évolutions du marché.
Les dirigeants ont toutefois reconnu l’existence d’un défi majeur : augmenter l’offre tout en réduisant les émissions. Darren Woods a parlé d’une « équation complexe », tandis que Ryan Lance a prédit une expansion continue du secteur gazier, portée par la saisonnalité de la demande entre hémisphères Nord et Sud.
Coûts, technologie et géopolitique
Les responsables ont également insisté sur la nécessité de réduire les coûts de production et d’investir massivement dans les technologies. Wael Sawan a évoqué des partenariats, notamment avec le Canada, afin d’optimiser l’acheminement du gaz entre l’Amérique du Nord et l’Asie, principal pôle de consommation.
Chez ExxonMobil, l’accent est mis sur l’innovation technologique pour accélérer la transformation du carbone et de l’hydrogène en énergie, avec l’objectif de réduire de 20 % l’empreinte carbone du groupe.
Enfin, plusieurs intervenants ont souligné l’impact croissant des tensions géopolitiques sur le secteur. Entre la guerre en Ukraine, les perturbations en mer Rouge et les sanctions visant certains producteurs, les entreprises sont contraintes de diversifier leurs sources et leurs routes d’approvisionnement. Patrick Pouyanné a noté que l’interdiction européenne d’importer du gaz russe ouvrait, dans ce contexte, de nouvelles opportunités pour d’autres producteurs mondiaux.



