Afrique–Chine : le yuan gagne du terrain dans les échanges commerciaux

Rédaction : Anwar El Mourjani
La montée en puissance du yuan en Afrique ne se joue pas uniquement dans les salles de marché. Elle se lit aussi dans les vergers, sur les quais des ports et dans les bureaux de douane où se décident, au quotidien, les conditions concrètes du commerce. La décision de Pékin de supprimer les droits de douane pour 53 pays africains modifie progressivement la façon dont le continent échange avec la deuxième économie mondiale. Pour des exportateurs de fruits kényans, des miniers zambiens ou des chargeurs sud-africains, un accès plus direct au marché chinois peut ouvrir la voie à des contrats libellés en yuan plutôt qu’en dollar, réduire certains coûts de conversion et limiter une partie du risque de change.
Dans les services financiers, cette évolution commence à modifier les pratiques des banques et des entreprises. Des établissements comme Standard Chartered au Kenya ou Standard Bank en Afrique du Sud testent ou développent l’usage du yuan dans les lettres de crédit, les règlements transfrontaliers et d’autres instruments de financement du commerce. L’accès au système de paiement chinois CIPS peut permettre de traiter certaines opérations en yuan plus rapidement et avec moins d’intermédiaires. Pour un importateur de machines, un industriel ou un transformateur agricole qui achète des équipements en Chine, la possibilité de régler directement en yuan peut avoir un effet concret sur les coûts, les délais et la décision d’investir.
Les États africains commencent eux aussi à intégrer cette évolution dans leurs outils financiers, mais avec prudence. Dans certains pays fortement exposés à la dette chinoise, la conversion d’une partie d’emprunts libellés en dollars vers le yuan est envisagée comme un moyen de réduire l’exposition aux variations de la devise américaine et de mieux aligner les flux financiers avec les échanges commerciaux. Le paiement de certaines taxes ou transactions minières en yuan peut également s’inscrire dans cette logique. Pour autant, les banques centrales africaines conservent encore l’essentiel de leurs réserves en dollars et en euros, notamment parce que les matières premières restent majoritairement cotées dans ces monnaies.
La dimension géopolitique reste importante. Pour Pékin, l’ouverture tarifaire accordée aux exportations africaines et l’extension des infrastructures de paiement en yuan s’inscrivent dans une stratégie de long terme visant à renforcer l’usage international de sa monnaie et à réduire sa dépendance au système financier dominé par le dollar. Pour de nombreux responsables africains, l’enjeu consiste plutôt à élargir les options disponibles sans remplacer une dépendance par une autre. La progression du yuan dépendra donc moins d’un symbole politique que de son utilité réelle pour les États, les entreprises et les ménages.
Les effets les plus tangibles se mesureront dans les coûts d’importation, la stabilité des prix, les marges des exportateurs et la capacité des entreprises à financer leur développement. Si le yuan gagne du terrain en Afrique, ce sera parce qu’il offre des avantages concrets dans le commerce et le financement, notamment pour les acteurs exposés aux fluctuations du dollar. À ce stade, il ne remplace pas les grandes devises internationales, mais il devient un instrument supplémentaire dans une architecture financière africaine en cours de diversification.


