Colombie : un second tour décisif entre la gauche de Petro et une droite soutenue par Trump

19 juin 2026

Rédaction : Sekou Kagné

 

Les Colombiens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur prochain président lors d’un second tour qui oppose deux candidats aux visions profondément divergentes de l’avenir du pays.

D’un côté, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, candidat de la coalition gouvernementale Pacte historique, promet de poursuivre les politiques du président sortant Gustavo Petro, notamment en matière de lutte contre la pauvreté et de dialogue avec les groupes armés.

De l’autre, l’avocat conservateur Abelardo de la Espriella défend une ligne sécuritaire beaucoup plus ferme. Il se présente comme un candidat extérieur à l’establishment politique et promet de mettre fin aux négociations avec les groupes armés au profit d’une approche davantage axée sur la force militaire et la répression du crime organisé.

Lors du premier tour, organisé le 31 mai dernier, Abelardo de la Espriella est arrivé en tête avec 43,7 % des suffrages, contre 40,9 % pour Ivan Cepeda. Aucun des deux candidats n’ayant franchi la barre des 50 %, un second tour s’est imposé.

Les derniers sondages accordent un léger avantage au candidat conservateur, même si l’issue du scrutin demeure incertaine en raison du poids des électeurs indécis et des votes blancs.

Une première manche controversée

La première phase de l’élection a été marquée par des tensions politiques. Alors que les enquêtes d’opinion plaçaient initialement Ivan Cepeda en tête, les résultats ont finalement donné l’avantage à Abelardo de la Espriella.

Le président Gustavo Petro a publiquement mis en doute les résultats préliminaires du scrutin, accusant certaines entreprises privées d’avoir manipulé le décompte des voix en faveur du candidat conservateur. Ces accusations ont toutefois été rejetées par les observateurs internationaux.

La mission d’observation électorale de l’Union européenne a affirmé n’avoir constaté aucune preuve de fraude ou d’irrégularités susceptibles de remettre en cause les résultats.

Le vote a également révélé une forte polarisation géographique. Les régions côtières, les zones frontalières et la capitale Bogota ont majoritairement soutenu Ivan Cepeda, tandis qu’Abelardo de la Espriella a réalisé ses meilleurs scores dans plusieurs régions du centre du pays, fortement touchées par des décennies de conflit armé.

Ivan Cepeda, héritier de la gauche au pouvoir

Figure de la gauche colombienne, Ivan Cepeda incarne la continuité du projet politique lancé par Gustavo Petro en 2022, lorsque la gauche est arrivée au pouvoir pour la première fois dans l’histoire contemporaine du pays.

Il défend le maintien de la politique dite de « paix totale », qui privilégie le dialogue avec les groupes armés. Toutefois, il estime que cette stratégie doit être réformée afin d’obtenir des résultats plus concrets sur le terrain.

Le candidat met également l’accent sur la réduction des inégalités sociales et la poursuite des programmes destinés aux populations les plus vulnérables.

Son parcours personnel reste étroitement lié aux questions de droits humains. Son père, ancien sénateur, a été assassiné en 1994 dans des circonstances attribuées à des groupes paramilitaires. Depuis lors, Ivan Cepeda s’est imposé comme l’un des principaux défenseurs des victimes de violences politiques en Colombie.

Abelardo de la Espriella, le pari sécuritaire

Face à lui, Abelardo de la Espriella propose une rupture nette avec les orientations du gouvernement actuel.

Avocat pénaliste et homme d’affaires, il n’a jamais occupé de fonction politique auparavant. Il a transformé cette absence d’expérience en argument de campagne, se présentant comme un candidat indépendant de la classe politique traditionnelle. Il possède également la nationalité américaine.

Son programme repose principalement sur le rétablissement de l’autorité de l’État. Il promet de mettre fin aux négociations avec les groupes armés, de bombarder leurs bases, de construire dix nouvelles prisons et de relancer les campagnes aériennes d’éradication des cultures destinées à la production de cocaïne.

Sur le plan économique, plusieurs observateurs le rapprochent du président argentin Javier Milei en raison de ses propositions en faveur de la réduction des dépenses publiques et de la déréglementation.

Sécurité, paix et politique étrangère au cœur du débat

La question sécuritaire constitue l’enjeu majeur de cette élection.

Alors qu’Ivan Cepeda souhaite poursuivre les négociations avec les groupes armés en les adaptant, Abelardo de la Espriella estime que seule une réponse militaire peut permettre de restaurer l’ordre et de réduire la violence.

Les divergences concernent également la politique étrangère. Le candidat conservateur a évoqué la possibilité de retirer la Colombie de certaines institutions internationales et souhaite renforcer la coopération avec Washington dans la lutte contre le trafic de drogue.

Le soutien de Donald Trump

Le président américain Donald Trump s’est invité dans la campagne en apportant publiquement son soutien à Abelardo de la Espriella.

Après le premier tour, il a félicité le candidat conservateur sur sa plateforme Truth Social, saluant son engagement en faveur de la Colombie et critiquant Ivan Cepeda, qu’il a qualifié de « marxiste d’extrême gauche ».

De son côté, Abelardo de la Espriella a remercié Donald Trump pour son soutien, estimant que cette marque d’appui renforçait sa crédibilité sur la scène internationale.

À quelques jours du scrutin, la Colombie apparaît plus divisée que jamais entre deux projets politiques opposés, dont l’issue pourrait redéfinir les orientations du pays pour les années à venir.