Génocide rwandais : la justice française se penche à nouveau sur le dossier Mohayimana

5 février 2026

Rédaction : Aya Selene

La Cour d’assises de Paris a ouvert, ce mercredi, les audiences en appel dans l’affaire de Claude Mohayimana, ressortissant franco-rwandais condamné en décembre 2021 à 14 ans de réclusion pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité commis au Rwanda en 1994. L’accusé avait fait appel du verdict, contestant sa responsabilité dans les massacres perpétrés lors du génocide des Tutsi.

Au moment des faits, Mohayimana travaillait comme chauffeur dans la région de Kibuye, à l’ouest du Rwanda, l’un des principaux foyers des violences de 1994. Selon l’accusation, il aurait transporté des membres de la milice Interahamwe ainsi que des soldats vers plusieurs sites de massacres, notamment à Karongi, Gitwa et Bisesero, où des dizaines de milliers de civils tutsi ont été tués.

Lors du premier procès, plusieurs témoins avaient affirmé avoir vu l’accusé conduire des véhicules chargés de miliciens armés jusqu’aux lieux des tueries. La cour avait alors estimé que, malgré l’absence de fonction politique ou militaire, son rôle logistique l’intégrait pleinement au dispositif ayant permis l’exécution du génocide.

Claude Mohayimana a toujours rejeté ces accusations. Il soutient ne pas avoir été présent à Kibuye lors de certains événements clés et affirme que le dossier repose essentiellement sur des témoignages qu’il juge contradictoires, en l’absence de preuves matérielles directes.

Au-delà du cas individuel, cette procédure revêt une portée judiciaire et symbolique majeure en France. Le procès de Mohayimana avait été le premier à viser un accusé présenté comme un « simple civil » pour sa participation au génocide des Tutsi. En cas de nouvelle condamnation, la peine pourrait être alourdie jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour les parties civiles et les familles de victimes, l’enjeu reste avant tout l’établissement des responsabilités individuelles dans l’un des crimes de masse les plus graves du XXᵉ siècle, et la poursuite du combat contre l’impunité, y compris des décennies après les faits.