Les populations africaines subissent le coût d’un conflit lointain au Moyen-Orient

Rédaction: Africa Eye
De nombreux pays africains subissent des pressions économiques croissantes en raison du conflit au Moyen-Orient, malgré leur éloignement géographique. Selon un rapport conjoint d’institutions africaines et onusiennes, cette guerre pourrait avoir des répercussions significatives sur les conditions de vie à travers le continent.
Des organisations telles que l’Union africaine, la Banque africaine de développement et plusieurs agences des Nations Unies ont averti que le conflit constitue un risque majeur pour les économies africaines, notamment en raison de son impact sur les échanges commerciaux et les prix mondiaux.
Le Moyen-Orient représente en effet une part importante du commerce africain, avec près de 16 % des importations et plus de 10 % des exportations. La poursuite du conflit pourrait entraîner un ralentissement de la croissance économique du continent, estimé à 0,2 point de pourcentage en 2026 si les hostilités se prolongent.
Une hausse du coût de la vie
Le rapport souligne que les perturbations liées au conflit risquent d’alimenter une crise du coût de la vie en Afrique. La hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires, ainsi que des coûts de transport et d’assurance, exerce une pression sur les ménages.
La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz, a contribué à une forte hausse des prix énergétiques. Le prix du pétrole Brent a ainsi progressé de plus de 50 %, tandis que le gaz naturel a enregistré une hausse de plus de 60 %.
Cette situation entraîne une augmentation des coûts de production, du transport et de l’électricité, générant une inflation généralisée.
Une menace sur la sécurité alimentaire
Le rapport met également en garde contre un risque accru pour la sécurité alimentaire. Les perturbations dans l’approvisionnement en engrais, dont une part importante transite par le détroit d’Ormuz, pourraient affecter les rendements agricoles.
La hausse des prix du gaz naturel, essentiel à la fabrication des engrais, limite leur disponibilité pendant la saison agricole. Cette situation pourrait contraindre certains pays à adapter leurs cultures ou à réduire leur production.
Dépréciation des monnaies et endettement
La guerre a également contribué à la dépréciation des monnaies dans plusieurs pays africains, augmentant le coût des importations et aggravant les pressions inflationnistes.
Selon des experts, les pays dépendants des importations de produits essentiels, tels que le carburant, le blé ou les engrais, sont particulièrement exposés. Cette situation accentue ce que l’on appelle l’« inflation importée ».
Par ailleurs, le poids de la dette s’alourdit, les remboursements étant souvent libellés en dollars, ce qui renchérit leur coût en monnaie locale et accroît les risques de défaut de paiement pour certains États.
Des difficultés accrues pour l’aide humanitaire
Le conflit complique également l’acheminement de l’aide humanitaire vers certaines régions africaines, notamment dans la Corne de l’Afrique. La hausse des coûts logistiques et la réorientation des priorités des donateurs vers les zones de conflit réduisent les ressources disponibles pour les crises africaines.
Des effets contrastés
Certaines économies africaines pourraient néanmoins tirer profit à court terme de la hausse des prix de l’énergie, notamment les pays producteurs de pétrole ou de gaz.
D’autres pourraient bénéficier de la redirection des flux commerciaux, avec des routes maritimes contournant les zones de conflit et passant par des ports africains.
Toutefois, ces gains restent limités et ne compensent pas les effets négatifs globaux sur l’inflation, les finances publiques et la sécurité alimentaire.
Un besoin de soutien international
Face à ces défis, les experts soulignent la nécessité d’un soutien international accru pour aider les pays africains à atténuer les impacts économiques et sociaux de la crise.
Des initiatives sont déjà en cours, notamment un programme de soutien de plusieurs milliards de dollars visant à renforcer la résilience des économies africaines, à garantir l’accès aux importations essentielles et à soutenir les infrastructures stratégiques.



