Crimes contre l’humanité en RDC : la perpétuité requise à Paris contre Roger Lumbala

13 décembre 2025

Rédaction: Africa Eye ( Avec AFP)

À Paris, l’accusation a requis, vendredi 12 décembre, la réclusion criminelle à perpétuité contre Roger Lumbala, ancien chef rebelle congolais, poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité commis en 2002 et 2003 dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Âgé de 67 ans, Roger Lumbala est jugé devant la cour d’assises de Paris en vertu du principe de compétence universelle, qui permet à un État de poursuivre les auteurs de crimes imprescriptibles, indépendamment du lieu où ces faits ont été commis. Il est détenu depuis son arrestation en décembre 2020, mais a refusé de comparaître à l’audience, contestant la légitimité de la juridiction française. Le verdict est attendu lundi.

Les faits examinés concernent des exactions attribuées au RCD-N (Rassemblement congolais pour la démocratie – National), groupe armé dirigé par Roger Lumbala, lors d’une opération militaire menée en 2002-2003 et baptisée « Effacer le tableau ». Cette opération s’est déroulée dans une région marquée par des conflits armés prolongés, liés notamment au contrôle des ressources naturelles, avec l’implication de groupes rebelles congolais et de forces étrangères.

Au cours du procès, la cour a entendu de nombreux témoignages faisant état de violences graves, notamment des viols utilisés comme méthode de guerre, des actes d’esclavage sexuel, du travail forcé, des tortures, des mutilations, des exécutions sommaires, ainsi que des pillages et des extorsions. Les victimes appartenaient principalement aux communautés nande et bambuti, ciblées par les assaillants pour des raisons ethniques ou politiques.

Selon l’accusation, Roger Lumbala ne se serait pas limité à un rôle politique, mais aurait exercé une autorité effective sur ses troupes. Le ministère public estime qu’il avait connaissance des exactions commises et qu’il a contribué au financement et au soutien logistique du groupe armé, notamment à travers des ressources issues du racket et de l’exploitation des richesses locales.

La défense a, de son côté, soutenu que l’accusé ne disposait pas d’un contrôle opérationnel direct sur le terrain et qu’il agissait principalement comme responsable politique. L’accusation a contesté cette version, estimant que les décisions militaires et politiques étaient étroitement liées dans le cadre de cette opération.

Ce procès est considéré comme l’un des rares cas où une juridiction nationale étrangère se saisit de crimes commis dans l’est de la RDC. Jusqu’à présent, seules des condamnations prononcées par la Cour pénale internationale ont visé des responsables de groupes armés impliqués dans ces conflits.