Les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel face à l’épreuve de la lutte contre les groupes armés

Rédaction : Tendai Zola
La sommet de l’Alliance des États du Sahel (AES), prévu les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako, ne constitue pas une simple rencontre diplomatique. Il s’inscrit dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué par la montée en puissance des groupes armés et le recul progressif des acteurs internationaux traditionnels dans la région.
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso — trois pays ayant connu des coups d’État militaires ces dernières années — cherchent, à travers cette alliance, à se présenter comme une force régionale capable de faire face aux défis sécuritaires sans dépendre de tutelles extérieures.
Les préparatifs de ce sommet ont débuté dès la fin novembre par une série de réunions ministérielles, avant la tenue de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement à la fin du mois de décembre. Le calendrier revêt une importance particulière, puisqu’il intervient après une vague d’attaques menées par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda, dont certaines opérations se sont rapprochées des capitales elles-mêmes.
Depuis le retrait des forces françaises du Mali en 2022, suivi par la réduction de la présence américaine dans la région, les États du Sahel se retrouvent en confrontation directe avec des groupes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Cette réunion à Bamako constitue la deuxième session du collège des chefs d’État de l’Alliance, consacrée principalement à l’aggravation de la situation sécuritaire.
Profitant du vide sécuritaire, les groupes armés ont étendu leur emprise sur de vastes zones rurales, imposant parfois des sièges à certaines villes. Cette situation a provoqué un ralentissement économique sévère et une détérioration marquée de la crise humanitaire.
Les discussions à Bamako devraient mettre l’accent sur le renforcement de la coordination militaire entre les trois pays. Toutefois, le principal défi demeure la faiblesse des ressources financières et des capacités militaires. Les armées nationales souffrent d’un manque d’équipements modernes et dépendent d’un soutien limité de nouveaux partenaires, notamment la Russie, qui fournit une assistance sécuritaire via des sociétés militaires privées.
Ce repositionnement stratégique traduit la volonté des régimes militaires de diversifier leurs partenariats, mais il suscite également des inquiétudes quant à une complexification accrue du paysage géopolitique régional.
Sur le plan politique, les dirigeants font face à une pression intérieure croissante. Les populations locales, frappées par les attaques et les déplacements forcés, réclament des solutions rapides. De leur côté, les forces civiles d’opposition estiment que la prolongation des régimes militaires aggrave la crise sans offrir de réponses durables.
Les autorités en place considèrent, à l’inverse, qu’un succès dans la lutte contre les groupes armés renforcerait leur légitimité interne et internationale.
Au-delà de la dimension sécuritaire, l’Alliance des États du Sahel est confrontée à de lourds défis économiques et sociaux. Les groupes armés exploitent la pauvreté et le chômage pour recruter des jeunes, instaurent des systèmes de gouvernance parallèles dans les zones qu’ils contrôlent et affaiblissent davantage l’autorité de l’État.
En définitive, le sommet de Bamako apparaît comme une tentative de redéfinition des équilibres de pouvoir au Sahel, tout en révélant l’ampleur de l’impasse régionale. Entre ressources limitées, recul du soutien international et expansion continue des groupes armés, l’Alliance des États du Sahel fait face à un test existentiel : réussir à bâtir un front commun capable de sécuriser ses territoires ou risquer l’effritement face à des adversaires toujours plus organisés et déterminés.



