Afrique : Le nouveau colonialisme vert dépossède les communautés

29 décembre 2025

Rédaction : Anwar El Mourjani

Les forêts du bassin du Congo sont désormais présentées comme l’un des actifs climatiques les plus précieux de la planète. Une évaluation récente portée par la Banque mondiale estime que ces écosystèmes génèrent plus de mille milliards de dollars par an en services rendus au monde, principalement grâce à la régulation du climat, tout en ne rapportant qu’une part limitée de bénéfices directs aux pays et aux populations qui vivent de la forêt. Sur le terrain, cette dissymétrie se traduit par une réalité simple. Les communautés qui protègent les forêts, cultivent, chassent, pêchent et gèrent les terres au quotidien voient leur rôle célébré dans les discours, mais rarement sécurisé dans les contrats, les titres fonciers et les mécanismes de redistribution. La forêt prend une valeur mondiale, alors que la vie locale reste sous pression.

Cette nouvelle économie verte avance souvent par montages complexes. Des financements de conservation, des programmes de paiement à la performance et des projets carbone s’installent avec une logique comptable qui n’épouse pas toujours les usages sociaux. Des règles apparaissent soudain sur des terres considérées comme communes depuis des générations. Accès au bois, pâturage, collecte, parfois même l’habitat, deviennent négociables ou restreints au nom d’objectifs climatiques. Les revenus circulent dans des chaînes d’intermédiaires et de structures techniques difficiles à lire pour les habitants, ce qui alimente la suspicion et la fatigue. Dans certains cas, des tensions éclatent entre promesses d’emplois verts, attentes communautaires et contraintes imposées par des cahiers des charges rédigés loin des villages.

Le point de rupture survient quand la conservation se transforme en déplacement. En Tanzanie, des organisations de défense des droits humains ont documenté des expulsions et des violences liées à la création ou à l’extension de zones de conservation, dont des épisodes marquants à Loliondo, avec des habitations détruites et des familles contraintes de partir. Ces situations révèlent un risque structurel. Quand la protection de la nature s’appuie sur la force plutôt que sur le consentement, elle perd sa légitimité et fragilise durablement les sociétés rurales. L’enjeu n’est pas de choisir entre climat et communautés. Il est de lier protection écologique, droits fonciers clairs, consentement préalable, transparence des revenus et bénéfices tangibles pour ceux qui vivent sur ces terres, afin que la transition verte ne devienne pas une nouvelle forme de dépossession.