Éthiopie : quand les pluies saisonnières font bouger la croûte terrestre

5 janvier 2026

Rédaction : Africa Eye

Longtemps considérée comme rigide et immuable, la croûte terrestre révèle une capacité insoupçonnée à réagir aux variations de charge à sa surface. En Éthiopie, des recherches scientifiques récentes montrent que les fortes pluies saisonnières provoquent des mouvements verticaux mesurables du sol, confirmant que la croûte terrestre se comporte comme une structure élastique sensible aux variations de masse.

Ce phénomène a déjà été observé dans des régions touchées par la fonte des glaces, notamment au Canada et en Scandinavie, ainsi que dans de grands bassins fluviaux comme l’Amazonie. Son identification en Éthiopie représentait toutefois un défi scientifique majeur, le pays étant situé dans la vallée du Grand Rift africain, une zone caractérisée par une activité tectonique intense où se superposent les effets des séismes, des failles et du volcanisme.

Cette difficulté a été surmontée par une équipe de chercheurs de la faculté des sciences naturelles et informatiques de l’université de Mada Walabu, dirigée par le Dr Abdissa Kaw Kogi. Leurs travaux, publiés dans la revue Journal of African Earth Sciences, démontrent que les précipitations saisonnières constituent un facteur déterminant des mouvements observés.

Selon le chercheur, le mécanisme peut être comparé à celui d’un matelas en mousse : lorsque les pluies abondantes remplissent rivières, lacs, sols et nappes phréatiques, la masse d’eau supplémentaire exerce une pression sur la croûte terrestre, entraînant un léger affaissement. À la fin de la saison des pluies, lorsque l’eau s’écoule, s’évapore ou s’infiltre, la charge diminue et le sol remonte progressivement.

Ce processus, connu sous le nom de « chargement élastique de surface », repose sur le comportement du lithosphère comme une plaque souple reposant sur un manteau visqueux. Toute variation de masse à la surface de la Terre — précipitations, humidité des sols ou recharge des nappes — entraîne ainsi une réponse élastique correspondante.

En Éthiopie, ces mouvements surviennent principalement durant les saisons pluvieuses de Kiremt (juin à septembre) et de Belg (février à mai), marquées par un régime de mousson intense. Les fortes précipitations augmentent alors considérablement les réserves hydriques, provoquant un affaissement vertical de quelques millimètres seulement, mais détectable grâce aux instruments modernes.

Pour confirmer l’origine pluviométrique de ce phénomène, les chercheurs ont combiné les données du système GPS, qui permet d’observer quasi instantanément les mouvements du sol, avec celles des satellites GRACE, un programme conjoint américano-allemand mesurant les variations du champ de gravité terrestre liées aux changements de masse d’eau. Cette approche croisée a permis d’établir un lien direct entre les précipitations saisonnières et les déformations de la croûte.

Les scientifiques expliquent que le cas éthiopien se distingue par l’intensité et la régularité des pluies, l’existence de grands bassins de drainage capables de stocker d’importants volumes d’eau, ainsi que la réactivité rapide des nappes phréatiques peu profondes. Pour différencier l’impact des pluies naturelles de celui des activités humaines, telles que la construction du Grand barrage de la Renaissance, les chercheurs s’appuient sur des observations de long terme, des modèles hydrologiques et l’analyse spatiale des déformations du sol.

Cette méthodologie permet de distinguer avec précision les mouvements liés aux processus naturels de ceux induits par l’intervention humaine, offrant ainsi des outils essentiels pour comprendre la dynamique tectonique, améliorer la gestion des ressources en eau et évaluer les risques géologiques dans la région.