Tunisie : le président prolonge l’état d’urgence jusqu’au 31 décembre 2026

Rédaction: Tendai Zola
Le président tunisien Kaïs Saïed a décidé de prolonger l’état d’urgence en vigueur dans le pays pour une durée supplémentaire de onze mois, jusqu’au 31 décembre 2026, selon un décret publié au Journal officiel.
La mesure, entrée en application le samedi 31 janvier, maintient un dispositif exceptionnel en place depuis plus de dix ans. L’état d’urgence avait été instauré à la suite de l’attentat du 24 novembre 2015, au cours duquel une attaque contre un bus de la garde présidentielle, au centre de Tunis, avait fait 12 morts parmi les forces de sécurité. L’attentat avait été revendiqué par l’organisation État islamique.
Le cadre juridique de l’état d’urgence confère au ministère de l’Intérieur tunisien des prérogatives étendues, notamment la possibilité d’interdire les rassemblements, d’instaurer des couvre-feux, de procéder à des perquisitions, et de soumettre certains contenus médiatiques et culturels à un contrôle administratif, sans autorisation judiciaire préalable.
Ces pouvoirs exceptionnels font l’objet de critiques régulières de la part d’organisations de défense des droits humains, tant au niveau national qu’international, qui s’inquiètent de leur impact sur les libertés publiques.
Plusieurs formations politiques et acteurs de la société civile tunisienne expriment également des craintes quant à un usage élargi de l’état d’urgence dans le contexte des mesures exceptionnelles engagées par le chef de l’État depuis le 25 juillet 2021. Ces mesures ont entraîné une reconfiguration des institutions, marquée notamment par la dissolution du Parlement et du Conseil supérieur de la magistrature, l’adoption de textes législatifs par décrets présidentiels, l’approbation d’une nouvelle Constitution par référendum, ainsi que l’organisation d’élections législatives anticipées.
Les appréciations de ces décisions demeurent contrastées au sein du paysage politique tunisien. Certains acteurs y voient une concentration excessive du pouvoir, tandis que d’autres considèrent ces réformes comme une correction des dysfonctionnements institutionnels apparus après la révolution de 2011, qui avait conduit au départ de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.
Réélu pour un second mandat de cinq ans entamé en octobre 2024, Kaïs Saïed affirme pour sa part que ces mesures s’inscrivent dans un cadre légal et répondent à la nécessité de préserver la stabilité de l’État face aux risques politiques, économiques et sécuritaires.



