Afrique : la guerre en Iran provoque une crise des engrais et menace la sécurité alimentaire

16 avril 2026

Rédaction : Africa Eye

La guerre en Iran et les tensions autour du détroit d’Hormuz perturbent fortement les chaînes d’approvisionnement mondiales, faisant peser un risque croissant sur la sécurité alimentaire en Afrique.

Depuis les frappes menées fin février par les États-Unis et Israël, suivies de restrictions sur la navigation dans le détroit, ce passage stratégique s’est transformé en un point de blocage majeur pour le commerce international, notamment celui des intrants agricoles.

Une hausse des prix des engrais

Près d’un tiers du commerce mondial d’urée transite par le détroit d’Hormuz. Cette substance est essentielle à la production d’engrais azotés utilisés dans les cultures de base comme le blé, le maïs et le riz.

Les pays du Golfe figurent parmi les principaux exportateurs mondiaux d’urée et d’ammoniac, tandis que Iran occupe une place importante dans les exportations régionales.

Avec le déclenchement du conflit, les prix ont fortement augmenté. En Égypte, le prix de référence de l’urée est passé d’environ 400–490 dollars la tonne à près de 700 dollars. Selon des estimations d’Oxford Economics, les prix de l’urée et de l’ammoniac ont respectivement progressé d’environ 50 % et 20 %.

L’Afrique particulièrement vulnérable

La plupart des pays africains dépendent largement des importations d’engrais, ce qui les expose directement aux fluctuations des marchés internationaux.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 30 % du commerce mondial d’engrais pourrait être affecté par les perturbations dans le détroit d’Hormuz, impactant notamment des pays comme le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique.

Des études montrent que même de courts retards dans l’utilisation des engrais peuvent réduire les rendements agricoles. En Zambie, un décalage de quelques jours pourrait entraîner une baisse d’environ 4 % de la production de maïs sur une saison.

Risques accrus pour la sécurité alimentaire

L’Afrique de l’Ouest est considérée comme particulièrement exposée, notamment en raison de la coïncidence entre la crise actuelle et la saison des pluies, période clé pour les semis.

Dans certains pays comme le Malawi, où une part importante de la population est déjà confrontée à une insécurité alimentaire aiguë, la prolongation des perturbations logistiques pourrait affecter gravement la production agricole.

Les États fragilisés par des conflits, tels que le Soudan, la Somalie ou l’Éthiopie, apparaissent comme les plus vulnérables. Des retards dans l’acheminement de l’aide humanitaire et des produits essentiels ont déjà été signalés.

Une fenêtre d’action limitée

La FAO estime qu’il reste une période d’environ trois mois pour agir avant que la situation n’affecte durablement les décisions agricoles pour 2026 et les saisons suivantes.

Si les stocks alimentaires mondiaux pourraient atténuer les effets à court terme, les experts soulignent qu’ils ne peuvent remplacer une saison agricole réussie. Les pays africains importateurs de céréales pourraient ainsi être les plus touchés par une aggravation de la crise.

Un défi structurel

Cette situation met en lumière les fragilités structurelles des systèmes alimentaires en Afrique, déjà mises à l’épreuve lors de crises précédentes, notamment la guerre en Ukraine.

Face à ces contraintes, le continent se trouve confronté à un enjeu majeur : garantir l’approvisionnement en intrants agricoles dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, afin d’éviter une dégradation plus large de la sécurité alimentaire.