Comment la guerre en Iran accélère l’influence stratégique de la Chine en Asie

Rédaction : Africa Eye
La guerre menée par le président américain Donald Trump contre l’Iran pourrait, de manière inattendue, accélérer l’essor de l’influence stratégique de la Chine en Asie, redessinant les équilibres régionaux à un moment géopolitique particulièrement sensible, estime l’universitaire Christopher Harding.
Dans une analyse publiée dans The Times, ce spécialiste de l’histoire asiatique à l’Université d’Édimbourg souligne que la visite prochaine de Trump à Pékin intervient dans un contexte marqué par la mise en évidence des limites de la puissance américaine. Il évoque notamment les tensions autour du détroit d’Ormuz, les fissures au sein de l’OTAN et l’usure des capacités militaires.
La question de Taïwan devrait occuper une place centrale dans les discussions. Les analystes restent toutefois partagés quant aux enseignements que la Chine pourrait tirer du conflit iranien : révèle-t-il la vulnérabilité des grandes puissances face à des outils asymétriques comme les drones, ou confirme-t-il l’efficacité des stratégies de blocus économique ? Cette seconde hypothèse inquiète particulièrement, dans la mesure où près de 40 % du commerce mondial de conteneurs transite par le détroit de Taïwan, ce qui expose l’économie mondiale à des risques majeurs en cas de perturbation.
Au-delà de Taïwan, Harding met en lumière une évolution plus large en Asie du Sud-Est. Des pays comme le Vietnam ou les Philippines, qui s’étaient rapprochés de Washington pour contenir l’influence chinoise en mer de Chine méridionale, semblent désormais adopter une posture plus nuancée.
Une confiance érodée envers Washington
De plus en plus de décideurs régionaux considèrent aujourd’hui que l’imprévisibilité de la politique américaine constitue un risque plus important que l’expansion chinoise. Certains pays, à l’image de la Thaïlande, de la Malaisie, de l’Indonésie ou de Singapour, pourraient même privilégier la Chine en cas de choix stratégique.
La guerre en Iran a accentué cette dynamique, notamment dans les pays à majorité musulmane comme la Malaisie et l’Indonésie, où les critiques envers la politique américaine étaient déjà présentes. Les perturbations énergétiques liées au conflit ont amplifié ces tensions.
L’Asie dépend fortement des approvisionnements énergétiques du Golfe, environ 84 % des flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz étant destinés au continent. Les perturbations de ces flux ont entraîné des hausses de prix, des tensions sur l’approvisionnement et des pressions économiques accrues.
La Chine en position de force
Dans ce contexte, la Chine, sous l’impulsion de Xi Jinping, apparaît comme une puissance stabilisatrice. Pékin met en avant ses efforts diplomatiques pour limiter l’escalade et garantir la continuité des flux énergétiques. Selon Harding, cette posture renforce l’image d’une Chine plus mesurée et plus fiable sur la scène internationale.
Les alliés traditionnels des États-Unis, comme le Japon et la Corée du Sud, se retrouvent dans une position délicate, partagés entre leurs engagements sécuritaires et leur dépendance énergétique envers le Moyen-Orient. Les appels de Washington à soutenir ses opérations militaires compliquent davantage leur position.
L’Inde, de son côté, amorce également une réévaluation de sa relation avec les États-Unis, dans un contexte marqué par les tensions énergétiques et les critiques liées à sa dépendance à certaines dérogations pour ses importations pétrolières.
Paradoxalement, souligne Harding, la Chine n’a pas eu à fournir d’efforts exceptionnels pour renforcer son influence. Elle a surtout bénéficié du recul de l’image des États-Unis, tout en consolidant ses réserves énergétiques et en développant ses exportations dans les énergies renouvelables.
Malgré les défis économiques internes auxquels fait face Pékin, la stratégie de long terme semble porter ses fruits, renforçant progressivement la position de la Chine comme acteur central dans les équilibres géopolitiques asiatiques.



