Cameroun : La crise de déplacement la plus négligée du monde.

Rédaction: Anwar El Mourjani
Le Cameroun vit l’une des crises humanitaires les plus graves et les moins reconnues du continent africain. Dans l’Extrême-Nord, des milliers de familles fuient encore les attaques de groupes armés affiliés à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les affrontements entre forces gouvernementales et groupes séparatistes ont provoqué depuis 2017 le déplacement de centaines de milliers de personnes. Des villages entiers ont été abandonnés,
des écoles détruites et des terres agricoles laissées en friche. Selon les Nations unies, plus d’un million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, tandis qu’environ 500 000 autres dépendent directement de l’aide humanitaire pour survivre.
Les organisations humanitaires décrivent une crise marquée par le silence. Le Conseil norvégien pour les réfugiés a récemment classé le Cameroun au premier rang des crises de déplacement les plus négligées au monde, en raison d’un manque de financement, d’une couverture médiatique insuffisante et d’un désintérêt diplomatique croissant. Moins de la moitié des fonds humanitaires demandés pour 2024 ont été effectivement versés, contraignant les agences à réduire la distribution de nourriture, les services de santé et les programmes éducatifs. Dans plusieurs camps, l’accès à l’eau reste irrégulier et les centres médicaux fonctionnent sans personnel ni médicaments. Les associations locales tentent de combler les manques mais leurs moyens demeurent largement insuffisants.
Sur le plan politique, la lassitude diplomatique et la multiplication d’autres crises mondiales ont relégué le Cameroun en marge des priorités internationales. Si les opérations sécuritaires ont permis de réduire certains incidents dans l’Extrême-Nord, les causes profondes telles que la pauvreté, le stress climatique et l’exclusion sociale persistent. Dans les régions anglophones, les pourparlers de paix stagnent et les violences sporadiques continuent de chasser chaque semaine de nouvelles familles. Les acteurs humanitaires alertent que sans un engagement durable et une attention renouvelée, le Cameroun risque de devenir une zone d’ombre humanitaire permanente où le déplacement forcé se banalise et où la reconstruction reste un horizon lointain.



