Afrique : 29 monnaies en recul sous l’effet de la guerre en Iran

Rédaction : Aya Selene
Depuis le déclenchement de la guerre impliquant les États-Unis et Israël contre l’Iran, les répercussions du conflit dépassent largement le théâtre militaire. Elles se propagent à travers les marchés énergétiques, les routes maritimes et les chaînes commerciales mondiales, affectant particulièrement les économies les plus vulnérables. En Afrique, où de nombreux pays dépendent fortement des importations d’énergie et de produits de base, ces perturbations se traduisent rapidement par des tensions économiques internes.
Contrairement aux grandes économies capables d’amortir les chocs grâce à leurs réserves financières et à leurs instruments monétaires, de nombreux pays africains subissent de plein fouet les fluctuations des prix de l’énergie et des échanges internationaux. Cette asymétrie illustre une réalité persistante : les crises mondiales frappent plus durement les économies structurellement fragiles.
Le choc du détroit d’Ormuz
Au cœur de cette dynamique figure le détroit d’Ormuz, véritable artère du commerce énergétique mondial. Environ 20 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit près d’un cinquième du commerce mondial, ainsi qu’une part significative du gaz naturel liquéfié.
Toute perturbation dans cette zone stratégique entraîne des effets en cascade : hausse des coûts de transport, détournement des routes maritimes vers le cap de Bonne-Espérance, augmentation des primes d’assurance et ralentissement des chaînes logistiques. Le coût supplémentaire d’un trajet maritime peut atteindre plusieurs millions de dollars, impactant directement le prix final des marchandises.
Ces tensions ne se limitent pas au secteur énergétique. Elles affectent également les engrais et les intrants agricoles, dont une grande partie dépend des flux transitant par cette région. La hausse des prix des fertilisants, parfois jusqu’à 35 %, exerce une pression directe sur la production agricole mondiale, avec des répercussions immédiates sur les prix alimentaires.
Une vulnérabilité structurelle africaine
En Afrique, ces chocs se transforment rapidement en crises économiques et sociales. Le continent dépend à près de 90 % du transport maritime pour ses échanges commerciaux, ce qui le rend particulièrement sensible aux perturbations logistiques. Par ailleurs, malgré ses ressources naturelles, l’Afrique continue d’importer massivement des produits pétroliers raffinés, pour un montant estimé à plus de 120 milliards de dollars par an.
Cette dépendance s’explique notamment par des capacités de raffinage limitées. Une grande partie du pétrole brut africain est exportée, puis réimportée sous forme de produits raffinés, générant des pertes économiques importantes et accentuant la vulnérabilité face aux chocs externes.
Inflation, devises et pression sociale
L’impact se fait également sentir sur les monnaies nationales. Selon les données de la Banque africaine de développement, les devises de 29 pays africains ont reculé depuis le début du conflit. Cette dépréciation reflète la pression exercée sur les réserves en devises étrangères et la fuite des capitaux vers des actifs jugés plus sûrs.
Dans ce contexte, la hausse des prix du carburant se répercute directement sur le coût de la vie. Dans plusieurs pays, les prix de l’essence ont fortement augmenté, notamment en Tanzanie, au Malawi ou au Zimbabwe. Ces hausses alimentent une inflation déjà élevée et fragilisent davantage le pouvoir d’achat des ménages.
La situation est d’autant plus préoccupante que les dépenses alimentaires représentent jusqu’à 70 % des revenus des ménages dans de nombreux pays africains. Une augmentation des prix, même modérée, peut ainsi faire basculer des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.
Une économie exposée aux chocs globaux
Au-delà des fluctuations conjoncturelles, cette crise met en lumière des fragilités structurelles profondes. L’économie africaine reste fortement dépendante des marchés extérieurs, tant pour ses importations que pour ses financements. Cette double exposition – commerciale et financière – transforme chaque choc international en crise locale.
Alors que le continent espérait une stabilisation économique en 2026 après plusieurs années de turbulences, la guerre en Iran rappelle la persistance de ces vulnérabilités. Elle souligne également l’urgence de renforcer les capacités industrielles, de diversifier les économies et de réduire la dépendance aux importations stratégiques.



