Des attaques contre les équipes anti-Ebola compliquent la lutte contre l’épidémie en RDC

21 juin 2026

Rédaction:Africa Eye

Les efforts de lutte contre l’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo font face à un nouveau défi sécuritaire après plusieurs attaques visant des centres de traitement et des équipes médicales, compromettant les opérations de prévention et de prise en charge des malades.

À Beni, dans la province du Nord-Kivu, un centre d’isolement et de traitement des patients atteints d’Ebola a été pris pour cible par des habitants armés de bâtons, de pierres et de machettes. Selon des sources locales, les assaillants ont agressé des agents de santé, endommagé des installations médicales et s’en sont également pris à certains patients placés en quarantaine.

Cet incident n’est pas isolé. Des sources officielles ont également signalé une attaque similaire contre des équipes sanitaires à Butembo, illustrant les difficultés croissantes rencontrées par les acteurs engagés dans la lutte contre l’épidémie.

Selon le virologue Yahya Abdelmoumen Makki, ancien expert de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces violences s’expliquent en partie par des incompréhensions et des croyances locales, mais aussi par les restrictions imposées sur certaines pratiques funéraires traditionnelles.

L’expert rappelle que lors des précédentes épidémies d’Ebola, notamment en 2014 et 2016, l’interdiction de certains rites, comme le contact physique avec les dépouilles des victimes, avait suscité de fortes tensions dans plusieurs communautés rurales, particulièrement dans les zones forestières reculées.

Pour lui, la réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire. Elle doit également passer par une implication accrue des chefs coutumiers et des leaders communautaires, qui bénéficient souvent d’une confiance plus importante que les autorités officielles auprès des populations locales.

Un risque majeur pour la riposte sanitaire

Makki souligne que ces attaques mettent directement en péril la capacité des autorités sanitaires à contenir l’épidémie. Les régions touchées souffrent déjà d’un manque d’infrastructures médicales et de personnel qualifié, rendant chaque perte de ressources humaines particulièrement préoccupante.

L’ancien expert de l’OMS avertit également que la perturbation du travail des équipes médicales pourrait provoquer un affaiblissement des mesures de prévention. Les soignants interviennent en effet avec des équipements de protection spécifiques indispensables pour limiter les risques de contamination.

Ces violences risquent aussi de freiner l’acheminement de l’aide internationale fournie par l’OMS et les partenaires étrangers, notamment les vaccins, les médicaments et les capacités de dépistage nécessaires à la maîtrise de l’épidémie.

Selon les dernières données citées par l’expert, le nombre de cas a fortement augmenté ces dernières semaines. Alors qu’un peu moins de 120 infections avaient été recensées il y a environ un mois, plus de 800 cas confirmés et plus de 200 décès ont désormais été enregistrés.

Face à cette situation, Makki appelle les Nations unies et l’OMS à renforcer leurs actions de sensibilisation auprès des communautés locales, notamment en mobilisant des traducteurs maîtrisant les langues et dialectes régionaux afin d’expliquer que les équipes médicales interviennent pour protéger les populations et non pour remettre en cause leurs traditions.

L’expert souligne enfin que l’insécurité persistante dans l’est de la RDC aggrave davantage la situation. Les conflits armés compliquent l’accès des équipes médicales aux zones touchées, entravent les campagnes de vaccination et favorisent la propagation des maladies dans des territoires déjà fragilisés.