Dix ans après le Brexit, l’Union européenne est-elle prête à rouvrir ses portes au Royaume-Uni ?

Rédaction: Aminata Diallo
Dix ans après le référendum historique du Brexit qui a conduit à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, un sentiment de regret semble gagner une partie croissante de l’opinion publique britannique. Plusieurs enquêtes récentes montrent qu’une majorité de citoyens considère désormais que le départ de l’Union européenne fut une erreur.
Selon des sondages relayés récemment par le Financial Times, 57 % des électeurs britanniques estiment que le Brexit était une mauvaise décision, contre 30 % qui continuent de le soutenir. Une majorité se prononce également en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne, tandis que 56 % des personnes interrogées se déclarent favorables à une réadhésion du Royaume-Uni.
Alors que les partisans du Brexit promettaient davantage de souveraineté, une croissance économique renforcée et une réduction des contraintes réglementaires européennes, de nombreuses analyses mettent aujourd’hui en avant les coûts économiques et politiques de cette décision. Le débat a d’ailleurs été relancé par les déclarations d’Andy Burnham, considéré comme l’un des principaux prétendants à la direction du Parti travailliste, qui a affirmé souhaiter voir le Royaume-Uni réintégrer un jour l’Union européenne.
L’Union européenne serait-elle prête à accueillir le Royaume-Uni ?
D’après l’Agence France-Presse, plusieurs diplomates européens se disent, en principe, favorables à une réintégration britannique. Certains soulignent qu’un retour du Royaume-Uni représenterait un atout majeur pour l’Union, compte tenu de son statut de puissance nucléaire, de son poids économique et de son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Toutefois, ces mêmes responsables insistent sur le fait qu’un éventuel retour nécessiterait un engagement clair et durable de Londres envers les règles et les obligations de l’Union européenne.
D’autres observateurs rappellent que l’Union a appris à fonctionner sans le Royaume-Uni et considèrent que celui-ci a souvent été un partenaire difficile, cherchant à bénéficier d’exemptions et de statuts particuliers.
« Les choses sont plus simples aujourd’hui », confie un diplomate européen. « Nous ne sommes plus constamment confrontés à des menaces de retrait ou à des demandes d’exception. L’Union est devenue plus cohérente. »
Une Union européenne transformée
Le Royaume-Uni a toujours occupé une place particulière au sein de l’Union européenne. Il n’a jamais adopté l’euro, n’a jamais rejoint l’espace Schengen et avait obtenu plusieurs dérogations, notamment concernant sa contribution au budget européen.
Depuis le Brexit, l’Union européenne a profondément évolué sous l’effet de plusieurs crises majeures, notamment la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, la montée en puissance de la Chine et les tensions avec les États-Unis.
Selon plusieurs experts, cette évolution a renforcé l’intégration européenne dans des domaines où Londres aurait probablement exprimé de fortes réserves.
Pour Sebastian Maillard, du centre de recherche Chatham House, certains États membres regrettent néanmoins l’absence du Royaume-Uni, qui constituait un contrepoids aux positions plus souverainistes défendues par certains pays européens.
Paradoxalement, le Brexit a également servi d’avertissement aux autres États membres. L’expérience britannique a démontré les difficultés et les coûts liés à une sortie de l’Union, contribuant à réduire les discours favorables à des départs similaires ailleurs en Europe.
Une réintégration encore lointaine
Malgré l’évolution de l’opinion publique britannique, plusieurs obstacles demeurent. Les responsables européens restent prudents, notamment en raison de la progression du parti eurosceptique Reform UK dans les sondages.
Nombreux sont ceux qui estiment qu’un retour du Royaume-Uni ne pourrait en aucun cas s’accompagner des nombreuses dérogations dont il bénéficiait auparavant.
Les discussions actuelles entre Londres et Bruxelles illustrent déjà la complexité du rapprochement. Des négociations sur la participation britannique à certains programmes européens ont rencontré plusieurs difficultés, tandis que les propositions britanniques visant à accéder au marché unique sans accepter l’ensemble des règles européennes ont été rejetées par Bruxelles.
Les deux parties espèrent néanmoins conclure plusieurs accords lors du sommet prévu le 22 juillet prochain, notamment dans les domaines des normes sanitaires, de la mobilité des jeunes et des marchés du carbone.
Quel bilan économique du Brexit ?
Pour Richard Partington, rédacteur économique du Guardian, les conséquences économiques du Brexit apparaissent désormais de plus en plus clairement.
La livre sterling reste nettement plus faible qu’avant le référendum de 2016, tandis que plusieurs études estiment que le produit intérieur brut par habitant est aujourd’hui inférieur de 6 à 8 % à ce qu’il aurait été si le Royaume-Uni était resté membre de l’Union européenne.
Le commerce et l’investissement ont également été affectés par le rétablissement de contrôles et de procédures administratives avec le principal partenaire commercial du pays. Certaines estimations suggèrent que les investissements sont inférieurs d’environ 18 % à leur niveau potentiel, tandis que la productivité et l’emploi ont également subi des effets négatifs.
Quel avenir pour les relations entre Londres et Bruxelles ?
Selon Martin Sandbu, spécialiste des questions européennes au Financial Times, deux scénarios principaux se dessinent : la poursuite de la relation actuelle avec un rapprochement progressif, ou une réadhésion complète à l’Union européenne à plus long terme.
Face au mécontentement grandissant à l’égard du Brexit et aux difficultés économiques persistantes, l’idée d’un retour dans l’Union européenne pourrait progressivement gagner en crédibilité sur les plans politique et économique.
Pour l’heure, toutefois, ni Londres ni Bruxelles ne semblent prêts à franchir ce pas, privilégiant plutôt une stratégie de rapprochement graduel fondée sur des accords sectoriels et une coopération renforcée.


