L’Algérie confrontée à de nouvelles critiques sur le respect des droits des demandeurs d’asile

Rédaction : Africa Eye
Les autorités algériennes font face à de nouvelles critiques d’organisations de défense des droits humains après la remise aux autorités tunisiennes de Seifeddine Makhlouf, ancien député tunisien et avocat, intervenue au début de la semaine.
Dans un communiqué, l’ONG Organisation Chouaâa pour les droits humains a estimé que cette décision constitue une violation des engagements internationaux de l’Algérie, en particulier du principe de non-refoulement. L’organisation rappelle que Seifeddine Makhlouf avait déposé, le 18 juillet 2024, une demande de protection internationale auprès du bureau algérien du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, lui conférant le statut de demandeur d’asile.
Selon l’ONG, l’intéressé avait trouvé refuge en Algérie pour échapper à des poursuites judiciaires à caractère politique en Tunisie, une situation qui aurait été documentée par la Commission des droits de l’homme de l’Union interparlementaire. Elle considère que la procédure de remise aux autorités tunisiennes remet en cause les principes de protection des réfugiés et les obligations de l’Algérie en matière de droits humains.
L’organisation affirme également que Seifeddine Makhlouf était détenu depuis octobre 2024 dans un centre de rétention administrative à Oran, dans des conditions jugées non conformes aux normes internationales. Elle évoque notamment des restrictions à ses droits fondamentaux en tant que demandeur d’asile, dont l’accès régulier au HCR, qualifiant cette détention d’arbitraire.
Basée à Londres, l’ONG a par ailleurs exprimé ses préoccupations concernant les circonstances du transfert, évoquant une convocation présentée comme un rendez-vous officiel avec le HCR à Alger, peu avant l’exécution de la mesure de remise. Elle estime que cette méthode soulève des interrogations sur le respect du principe de bonne foi dans le traitement des demandes de protection internationale.
Pour l’organisation, cette affaire constituerait un manquement aux obligations découlant de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi qu’à la Convention contre la torture, toutes deux ratifiées par l’Algérie. Elle appelle à garantir la sécurité de Seifeddine Makhlouf et à assurer le respect de ses droits fondamentaux, y compris les garanties d’un procès équitable.
De son côté, Abdelwahab El Kaïn, président de l’ONG Africa Watch, a estimé que cette affaire illustre les difficultés rencontrées par les opposants politiques et défenseurs des droits humains cherchant protection en Algérie. Il a évoqué l’absence d’un cadre juridique national complet sur l’asile, malgré l’adhésion du pays à plusieurs conventions internationales.
Selon lui, l’Algérie continue de faire l’objet de critiques récurrentes lors de l’examen de ses engagements devant les mécanismes internationaux, notamment dans le cadre de l’Examen périodique universel. Il estime que certaines pratiques, dont la remise de personnes recherchées à des États tiers, soulèvent des préoccupations quant au respect du principe de non-refoulement, en particulier lorsque les intéressés risquent des persécutions, des mauvais traitements ou des violations de leurs droits fondamentaux.



