L’Algérie menacée de sanctions américaines en raison de ses achats d’armes russes

6 février 2026

Rédaction : Africa Eye

Les relations entre Algérie et les États-Unis pourraient connaître une nouvelle zone de turbulence. Washington a de nouveau brandi la menace de sanctions à l’encontre d’Alger en raison de ses acquisitions d’équipements militaires russes, ravivant un dossier sensible dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et le durcissement des positions occidentales vis-à-vis de Moscou.

Lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, Robert Palladino, chef du bureau des affaires du Moyen-Orient au département d’État, a indiqué que les États-Unis pourraient appliquer la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) contre l’Algérie pour l’achat d’avions de combat russes, selon l’agence russe TASS.

Le responsable américain a souligné que Washington restait engagé dans un dialogue étroit avec Alger sur les dossiers de coopération, tout en reconnaissant des divergences profondes, notamment en matière de défense. « Nous utilisons l’ensemble des outils diplomatiques à notre disposition, souvent de manière non publique, afin de protéger nos intérêts et de mettre fin à des comportements jugés inacceptables », a-t-il déclaré.

Ces propos font écho à la position défendue dès 2022 par l’actuel secrétaire d’État Marco Rubio, alors sénateur, qui appelait déjà à sanctionner l’Algérie pour ses liens militaires avec Moscou. Il estimait que les achats d’armements russes contribuaient indirectement au financement de l’effort de guerre russe en Ukraine.

Une dépendance stratégique sous pression

Pour Chawki Ben Zahra, opposant politique algérien, cette situation illustre les « erreurs de calcul stratégique » du pouvoir algérien face à l’évolution rapide de l’ordre international. Selon lui, la forte dépendance d’Alger à l’égard du matériel militaire russe expose aujourd’hui le pays à des risques économiques et diplomatiques majeurs, sans bénéfices tangibles sur le plan géopolitique.

Il souligne également que le rapprochement avec Moscou n’a pas empêché des revers diplomatiques, comme le rejet de la candidature algérienne aux BRICS ou certaines tensions apparues dans le Sahel, révélant selon lui une perte d’influence sur plusieurs fronts.

Une équation militaire difficile à résoudre

De son côté, l’expert militaire Abdelrahmane Mekaoui rappelle que près de 85 % des équipements militaires algériens sont d’origine russe, ce qui rend toute rupture brutale quasi impossible. Remplacer ces systèmes par des équipements occidentaux nécessiterait, selon lui, plusieurs décennies de transition, tant sur le plan technique que sur celui de la formation des personnels.

Il ajoute que Washington considère l’acquisition de chasseurs russes avancés par l’Algérie comme une menace potentielle pour ses intérêts stratégiques en Méditerranée, notamment pour le déploiement du sixième flotte américaine. Cette perception est également partagée, selon l’expert, par Israël et par plusieurs États européens, inquiets d’un déséquilibre militaire régional.

Pris entre une dépendance structurelle à l’armement russe et des pressions occidentales croissantes, Alger se retrouve confrontée à un dilemme stratégique majeur, dont l’issue pourrait peser durablement sur sa position internationale.