« Payez maintenant ou votre fils mourra » : des familles égyptiennes terrorisées par des passeurs en Libye

Rédaction: Africa Eye
Des familles égyptiennes racontent avoir été victimes de menaces et de chantage de la part de réseaux de passeurs en Libye, qui exigent des paiements pour permettre à leurs proches de tenter la traversée vers l’Europe. Après le départ de jeunes hommes de leurs villages du delta du Nil, leurs proches reçoivent des appels leur ordonnant de verser des sommes importantes sous peine de violences, voire de mort.
Dans plusieurs cas, les passeurs ont réclamé jusqu’à 190 000 livres égyptiennes pour organiser une traversée maritime particulièrement dangereuse. Face aux menaces, des familles ont vendu leurs biens, contracté des dettes et mobilisé leurs économies pour tenter de sauver leurs proches.
Quelques semaines plus tard, certaines ont appris qu’une embarcation avait fait naufrage au large de la Crète, causant la mort de plusieurs passagers et la disparition d’autres migrants originaires du même village.
Une migration poussée par la crise économique
Selon les données européennes et onusiennes, plus de 17 000 Égyptiens ont traversé la Méditerranée en 2025, l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde. Cette année-là, plus de 1 300 décès ou disparitions ont été recensés toutes nationalités confondues.
La dépréciation de la monnaie et l’inflation ont aggravé la précarité de nombreuses familles, dans un pays où la moitié de la population a moins de trente ans. Dans certaines zones rurales, les perspectives économiques limitées alimentent les projets de départ, y compris chez les diplômés.
Des experts estiment que le désespoir économique constitue un facteur déterminant dans le recours à la migration irrégulière. Depuis le renforcement du contrôle des côtes égyptiennes en 2016, de nombreux migrants passent par la Libye après avoir traversé le désert, une route jugée encore plus dangereuse.
Violences et exploitation
Des organisations humanitaires rapportent que des survivants évoquent arrestations arbitraires, torture, violences sexuelles, travail forcé et privations de nourriture durant leur parcours. Malgré ces risques, certains migrants parviennent à rejoindre l’Europe et envoient de l’argent à leurs familles, alimentant l’espoir dans leurs communautés d’origine.
Dans plusieurs villages, les drames liés aux naufrages se multiplient, notamment après des catastrophes maritimes ayant causé des centaines de morts ces dernières années. Pourtant, la migration demeure un objectif pour une partie de la jeunesse, faute d’alternatives économiques perçues comme viables.
Des analystes soulignent que les politiques de contrôle des frontières, y compris les accords financiers entre l’Union européenne et l’Égypte pour limiter les flux migratoires, ne produiront d’effets durables que si les conditions de vie s’améliorent dans les pays d’origine.



