Yémen : les Houthis pourraient-ils frapper des cibles israéliennes et américaines en soutien à l’Iran ?

Rédaction : Aya Selene
Les services de sécurité israéliens ont détecté des mouvements de plateformes de lancement de missiles sur le territoire yéménite, suscitant des inquiétudes quant à une possible implication militaire des Houthis dans le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.
Selon la chaîne israélienne Channel 14, ces mouvements ont été observés ces dernières heures et seraient attribués au mouvement Ansar Allah (Houthis). L’armée israélienne craint notamment des tirs de missiles en direction du territoire israélien.
Ces développements interviennent après les déclarations du chef du mouvement houthi, Abdel-Malek al-Houthi, qui a affirmé jeudi dernier que son groupe était prêt à intervenir en fonction de l’évolution de la guerre contre l’Iran.
Vendredi, à l’issue d’une grande manifestation organisée à Sanaa, à laquelle ont participé des milliers de Yéménites en soutien à l’Iran, le mouvement a réaffirmé sa solidarité avec « le peuple iranien et son système islamique ».
Dans un discours diffusé par la chaîne Al-Masirah, Abdel-Malek al-Houthi a déclaré que son mouvement se tenait aux côtés de l’Iran face à ce qu’il a qualifié d’« agression israélo-américaine ».
« Nos mains sont sur la gâchette et nous agirons militairement à tout moment si la situation régionale l’exige », a-t-il affirmé.
Des calculs stratégiques
Pour l’analyste yéménite Abdel Salam Qaed, une intervention directe des Houthis dépendrait principalement d’un calcul de coûts et de bénéfices pour le mouvement.
Dans des déclarations à l’agence Anadolu, il estime que les Houthis ont souvent utilisé la cause palestinienne pour renforcer leur légitimité interne. Toutefois, une confrontation militaire directe au profit de l’Iran pourrait leur apporter peu d’avantages et entraîner des pertes importantes.
Selon lui, toute implication éventuelle resterait probablement symbolique ou limitée, visant davantage à afficher un soutien politique qu’à participer à une guerre de grande envergure, étant donné l’écart de capacités militaires entre les Houthis et des États disposant d’armées conventionnelles et de systèmes d’armes avancés.
De son côté, le chercheur spécialisé dans les questions militaires Adnan al-Jabrani estime que les Houthis disposent déjà d’un répertoire d’objectifs potentiels, mais que le moment de leur intervention dépendra largement des décisions prises par l’axe pro-iranien.
Il considère que si la guerre se prolonge, les Houthis pourraient intervenir afin d’augmenter le coût stratégique du conflit pour leurs adversaires.
Dans ce scénario, leurs actions pourraient inclure des opérations en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, des attaques contre des cibles en Israël ou encore des frappes visant des bases militaires américaines dans la région.
Des confrontations déjà anciennes
Le mouvement houthi a déjà affronté Israël entre octobre 2023 et octobre 2025, lançant des missiles et des drones en soutien à Gaza.
En réponse, Israël avait mené plusieurs frappes contre des infrastructures sous contrôle des Houthis au Yémen. L’une d’elles avait notamment entraîné la mort du chef du gouvernement du mouvement, Ahmed al-Rahwi, ainsi que de neuf ministres. D’autres attaques avaient détruit des ports et des aéroports stratégiques.
Par ailleurs, entre 2024 et 2025, les États-Unis et le Royaume-Uni ont mené des frappes contre des positions houthis en réaction aux attaques du mouvement contre des navires commerciaux en mer Rouge et dans le golfe d’Aden.
Depuis le 28 février 2026, Israël et les États-Unis mènent des opérations militaires contre l’Iran, qui ont fait des centaines de victimes, dont l’ancien guide suprême Ali Khamenei et plusieurs responsables sécuritaires. Téhéran a riposté par des tirs de missiles et des attaques de drones visant Israël et des intérêts américains dans plusieurs pays de la région.



