Un Français présente des excuses inédites pour l’implication de sa famille dans l’esclavage et appelle à des réparations

19 avril 2026

Rédaction: Sekou Kagné

Dans un geste qualifié d’inédit en France, un octogénaire a publiquement reconnu la responsabilité historique de sa famille dans la traite transatlantique et appelé à des mesures concrètes de réparation.

À Nantes, ancienne place majeure du commerce négrier, Pierre Guillon de Princé, âgé de 81 ans, a présenté ses excuses pour le rôle joué par ses ancêtres dans le transport d’Africains réduits en esclavage. Cette déclaration a été faite lors de l’inauguration d’une installation symbolique représentant un mât de navire, en présence de Dieudonné Boutrin, descendant d’esclaves originaire de Martinique.

Les deux hommes collaborent au sein d’une association engagée dans la reconnaissance du passé esclavagiste et la promotion du dialogue. Ils ont présenté ce monument comme une « balise pour l’humanité », destinée à rompre le silence entourant cette mémoire.

Pierre Guillon de Princé a appelé d’autres familles françaises à reconnaître leur héritage historique et exhorté l’État à dépasser les « gestes symboliques » en envisageant notamment des formes de réparation. Il a également souligné l’importance de transmettre cette mémoire aux générations futures, dans un contexte marqué par la persistance de tensions liées au racisme.

De son côté, Dieudonné Boutrin a salué une initiative « courageuse », estimant que de nombreuses familles liées à ce passé hésitent encore à s’exprimer publiquement par crainte de raviver des blessures.

Selon les données historiques, les ancêtres de Pierre Guillon de Princé, installés à Nantes, ont participé à la déportation d’environ 4 500 Africains et possédaient également des plantations dans les Caraïbes. Entre le XVe et le XIXe siècle, au moins 12,5 millions d’Africains ont été déportés à travers l’Atlantique, dont environ 1,3 million via des navires liés à la France.

La France a reconnu en 2001 la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, mais, à l’instar de plusieurs pays européens, elle n’a pas présenté d’excuses officielles ni engagé de processus de réparation.

Le débat sur les réparations connaît toutefois un regain d’intensité à l’échelle internationale. En mars dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique de « pire crime contre l’humanité » et appelant à des mesures incluant des excuses officielles, des compensations financières et la restitution de biens culturels.

Ce texte a toutefois révélé des divisions profondes au sein de la communauté internationale, plusieurs pays occidentaux s’opposant ou s’abstenant sur la question des réparations, invoquant des considérations juridiques et politiques.