L’Europe prépare sa riposte face aux nouveaux droits de douane de Trump

7 mai 2026

Rédaction : Aya Selene

Les nouvelles mesures douanières annoncées par Donald Trump placent l’Europe, et particulièrement l’Allemagne, face à une équation économique et politique délicate. Entre ralentissement économique, tensions commerciales et pressions stratégiques américaines, le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz entame son mandat dans un contexte marqué par de fortes turbulences.

Dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel, le chef du gouvernement allemand a reconnu l’ampleur des défis auxquels son pays est confronté, évoquant à la fois les difficultés économiques internes, la montée de l’extrême droite et les pressions exercées par Washington sur l’industrie automobile allemande et la présence militaire américaine en Allemagne.

Les droits de douane annoncés par l’administration Trump, relevés de 15 % à 25 %, devraient frapper de plein fouet l’économie allemande, en particulier le secteur automobile dominé par des groupes comme Volkswagen. Cette hausse alimente les craintes d’une nouvelle guerre commerciale entre les États-Unis et l’Union européenne.

Face à cette situation, plusieurs options sont étudiées à Bruxelles. Parmi elles figure l’activation de l’outil européen de lutte contre la coercition économique (ACI), surnommé la « bazooka commerciale ». Ce mécanisme permettrait notamment de limiter l’accès des produits américains au marché européen, d’exclure certaines entreprises américaines des marchés publics ou encore d’imposer des restrictions sur les services numériques américains. Toutefois, son application nécessite une procédure d’enquête pouvant durer plusieurs mois.

Depuis plusieurs années, Emmanuel Macron ainsi que plusieurs responsables du Parlement européen plaident pour l’utilisation de cet instrument. Mais certains États membres, dont l’Allemagne et l’Italie, demeurent prudents face à une possible escalade commerciale avec Washington.

Une autre piste envisagée consiste à taxer davantage les géants technologiques américains comme Google, Microsoft, PayPal ou Apple, qui réalisent d’importants revenus sur le marché européen. Cette option reste cependant sensible, notamment en raison des réserves de l’Irlande concernant une fiscalité numérique harmonisée au niveau européen.

L’Union européenne dispose également d’une liste de produits américains susceptibles d’être visés par des mesures de rétorsion immédiates. Selon la presse économique allemande, cette « liste noire » couvre près de 2 000 produits représentant environ 93 milliards d’euros d’échanges commerciaux. Elle comprend notamment des appareils électroménagers, des produits agricoles, des textiles et divers équipements industriels.

Parallèlement, un rapport du Centre for European Policy Studies estime qu’une taxation des revenus des grandes entreprises technologiques américaines en Europe pourrait rapporter près de 37,5 milliards d’euros par an à l’Union européenne.

Alors que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen privilégiait jusqu’ici le dialogue pour éviter une confrontation commerciale directe, plusieurs capitales européennes semblent désormais favorables à une réponse plus ferme face à la politique protectionniste américaine.

Les milieux économiques allemands redoutent quant à eux une dégradation rapide de la situation. L’institut économique allemand Ifo a averti qu’une guerre commerciale prolongée pourrait faire replonger l’Allemagne dans la récession, avec des conséquences particulièrement lourdes pour son industrie automobile, fortement dépendante du marché américain.