La Bolivie décrète l’état d’urgence après 50 jours de blocages et de contestation

21 juin 2026

Rédaction: Aya Selene

La Bolivie est entrée dans une nouvelle phase de tensions politiques et sécuritaires après l’annonce, samedi soir, par le président Rodrigo Paz de l’instauration de l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire pour une durée de 90 jours. Le chef de l’État a justifié cette décision par la nécessité de mettre fin à la paralysie économique provoquée par plusieurs semaines de manifestations et de blocages routiers.

Depuis près de cinquante jours, des groupes de gauche, dont plusieurs sont proches de l’ancien président Evo Morales, bloquent d’importants axes routiers à travers le pays. Ces actions ont fortement perturbé l’acheminement des denrées alimentaires, du carburant et des médicaments vers plusieurs régions, notamment vers La Paz, capitale administrative du pays.

Dans une allocution à la nation, Rodrigo Paz a déclaré avoir épuisé toutes les voies de dialogue avant de prendre cette mesure exceptionnelle. Selon lui, certains groupes ont eu recours à la violence dans le but de déstabiliser le pays.

L’origine de la crise remonte à la décision du gouvernement de supprimer les subventions sur les carburants afin de réduire le déficit budgétaire, dans un contexte marqué par une pénurie de dollars et des négociations avec le Fonds monétaire international. Cette mesure a rapidement suscité la colère de plusieurs secteurs sociaux, rejoints progressivement par des agriculteurs, des ouvriers et des mineurs opposés aux réformes économiques proposées par le gouvernement de centre droit.

Malgré plusieurs concessions, notamment le gel des prix des carburants et le retrait de certaines réformes foncières impopulaires, le mouvement s’est élargi. Les syndicats réclament désormais une hausse des salaires, une solution aux pénuries de carburant et de devises étrangères ainsi que la démission du président.

Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se sont intensifiés ces dernières semaines. Selon les autorités, au moins 365 personnes ont été arrêtées et 37 blessées. Des organisations de défense des droits humains évoquent par ailleurs au moins 17 décès, principalement liés aux difficultés d’accès aux soins provoquées par les perturbations des transports.

Bien qu’un accord ait été signé vendredi entre le gouvernement et la principale centrale syndicale du pays, plusieurs groupes ont refusé de s’y associer. Des organisations paysannes ainsi que des cultivateurs de coca de la région du Chapare, bastion politique d’Evo Morales, poursuivent leur mobilisation et maintiennent plusieurs barrages routiers.

Le gouvernement accuse l’ancien président d’encourager les manifestations, ce que les organisateurs contestent. Toutefois, les déclarations récentes du ministre de l’Intérieur, Marco Antonio Oviedo, laissant entendre qu’une opération judiciaire pourrait viser Evo Morales, alimentent les spéculations sur une possible escalade politique.

L’état d’urgence autorise désormais les forces de sécurité et l’armée à intervenir pour rétablir la circulation et sécuriser les infrastructures stratégiques. Rodrigo Paz a averti que toute personne poursuivant les blocages ou recourant à la violence s’exposerait aux sanctions les plus sévères prévues par la loi.

Le gouvernement affirme que plusieurs barrages ont déjà été démantelés et que la situation commence progressivement à revenir à la normale, tout en réaffirmant sa volonté de maintenir le dialogue avec les différents acteurs du mouvement social.