Le Parlement zimbabwéen modifie le mode d’élection du président et relance le débat sur l’avenir de la démocratie

22 juin 2026

Rédaction : Aminata Diallo

Le Parlement du Zimbabwe a adopté jeudi dernier le projet de loi de révision constitutionnelle n°3, qui prévoit de remplacer l’élection présidentielle au suffrage universel direct par une élection organisée lors d’une session conjointe des deux chambres du Parlement. Le texte a été approuvé par 216 députés contre 42 et doit désormais être examiné par le Sénat, où il devrait également obtenir la majorité des deux tiers requise pour modifier la Constitution.

Cette réforme modifie la Constitution de 2013 en prévoyant que le président de la République soit élu par les membres de l’Assemblée nationale et du Sénat après les élections générales ou en cas de vacance du pouvoir. Le projet prévoit également l’allongement des mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans.

Si elle est définitivement adoptée, cette réforme pourrait permettre au président Emmerson Mnangagwa, âgé de 83 ans, de rester au pouvoir jusqu’en 2030, soit deux ans après l’expiration de son mandat actuel prévue en 2028.

Le ministre de la Justice, Ziyambi Ziyambi, a rejeté les critiques affirmant que ces changements affaibliraient l’ordre constitutionnel. Devant les parlementaires, il a déclaré que le projet constituait une continuité du système en place et non une remise en cause de celui-ci. Selon lui, la réforme n’accorde ni troisième mandat ni prolongation exceptionnelle au président, ne prive pas les citoyens de leur droit de vote et ne reporte aucune échéance électorale.

L’opposition et plusieurs organisations de la société civile dénoncent toutefois une réforme susceptible de renforcer l’influence du chef de l’État et du parti au pouvoir. Des militants des droits humains estiment que cette modification institutionnelle pourrait consolider la domination politique du parti dirigeant, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1980.

Le débat s’est également étendu au processus de consultation nationale. Un rapport présenté à une commission parlementaire affirme que 99,4 % des contributions recueillies soutenaient la réforme. Cependant, plusieurs organisations de défense des droits humains contestent ces chiffres et dénoncent des cas présumés d’intimidation, de violences et d’entraves à l’expression des opposants au projet.

Face à l’avancement du texte, les adversaires de la réforme se tournent désormais vers la justice. Plusieurs recours ont été déposés devant les tribunaux, notamment pour demander l’organisation d’un référendum avant toute modification constitutionnelle majeure. Toutefois, certains observateurs remettent en question l’indépendance du système judiciaire, après le rejet de plusieurs procédures pour des motifs techniques.