Reza Pahlavi s’impose comme figure controversée de l’opposition iranienne

10 janvier 2026

Rédaction : Africa Eye

Alors que l’Iran est secoué par une nouvelle vague de contestation populaire, le nom de Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran renversé en 1979, refait surface dans les rues comme sur les réseaux sociaux. Exilé aux États-Unis depuis plus de quarante ans, l’héritier de la monarchie déchue multiplie les prises de parole et les appels à la mobilisation, se présentant comme une figure possible de l’« après-République islamique ». Une posture qui suscite à la fois espoirs, controverses et divisions.

Depuis une dizaine de jours, des slogans favorables à Reza Pahlavi sont scandés lors de manifestations dans plusieurs villes iraniennes, notamment à Téhéran, Chiraz, Tabriz ou encore Arak. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des foules appelant à la chute du régime et invoquant le retour du « prince », malgré les coupures d’Internet et la répression sécuritaire.

Âgé de 64 ans, Reza Pahlavi s’adresse quotidiennement aux manifestants depuis l’étranger par messages vidéo. Il appelle à maintenir la pression dans la rue, à ériger des barrages et affirme que « la victoire est proche ». Il fixe également des rendez-vous symboliques, invitant ses partisans à entonner des slogans à des heures précises, une stratégie largement suivie selon des observateurs locaux.

Dans une récente allocution, filmé devant le drapeau iranien d’avant 1979 frappé du symbole du Lion et du Soleil, Reza Pahlavi a lancé un appel direct aux forces de sécurité iraniennes, les exhortant à se rallier à la population et à rompre avec le pouvoir en place. Il a décrit la République islamique comme « un navire en train de couler ».

Une popularité difficile à mesurer

Si son nom est de plus en plus audible dans les manifestations, l’ampleur réelle de son soutien reste difficile à évaluer. Les spécialistes appellent à la prudence, soulignant que les contenus relayés sur les réseaux sociaux, notamment sur la plateforme X, peuvent être amplifiés par des algorithmes et par des médias d’opposition basés à l’étranger, favorables à sa cause.

Selon plusieurs analystes, Reza Pahlavi bénéficie d’une stratégie de communication structurée et ancienne, mais l’impossibilité de vérifier librement la situation sur le terrain rend toute estimation fiable de sa popularité complexe.

Un retour préparé de longue date

Reza Pahlavi vit en exil depuis 1978, lorsqu’il quitte l’Iran pour suivre une formation de pilote, peu avant la chute de son père Mohammad Reza Pahlavi. Depuis des années, il se positionne comme une figure de rechange en cas d’effondrement du régime. Sa visibilité s’est accrue lors des grandes crises traversées par la République islamique, notamment en 2009, puis surtout à partir de 2023, lors du mouvement « Femme, vie, liberté ».

À cette occasion, il avait tenté de fédérer plusieurs figures de l’opposition iranienne autour d’un front commun, appelant à des élections libres et à la mise en place d’une assemblée constituante. Il a depuis multiplié les démarches diplomatiques et médiatiques pour obtenir des soutiens internationaux.

Proximité controversée avec Israël et les milieux conservateurs occidentaux

La stratégie internationale de Reza Pahlavi suscite cependant de fortes critiques. En avril 2023, il s’est affiché en Israël aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, appelant à un rapprochement entre les deux pays. Lors des frappes israéliennes contre l’Iran en 2025, il a qualifié l’opération d’« opportunité », des propos qui ont choqué une partie de l’opinion iranienne, y compris parmi ses partisans.

Son épouse, Yasmine Pahlavi, a également suscité la controverse en relayant sur les réseaux sociaux des messages soutenant les bombardements israéliens, avant de les supprimer.

Par ailleurs, Reza Pahlavi est régulièrement invité dans des cercles conservateurs occidentaux, notamment aux États-Unis, où il a participé à la conférence CPAC aux côtés de figures de la droite radicale et du camp trumpiste. Le slogan « Make Iran Great Again », inspiré de la rhétorique de Donald Trump, est repris par certains de ses soutiens, ce qui alimente les critiques sur une possible instrumentalisation étrangère.

Un héritage lourd et une alternative contestée

Malgré sa visibilité croissante, Reza Pahlavi reste une figure clivante. De nombreux manifestants continuent de scander « Ni shah, ni mollah », rejetant à la fois la République islamique et un retour, même symbolique, à la monarchie.

Le passé autoritaire du régime de son père, marqué par la répression politique, la torture et les exécutions menées par la Savak, demeure un obstacle majeur. Reza Pahlavi n’a jamais condamné de manière explicite les abus commis sous le règne du shah, et certaines personnalités issues de l’ancien appareil sécuritaire figurent encore parmi ses soutiens.

Une figure par défaut pour une opposition fragmentée

Pour de nombreux manifestants, le soutien à Reza Pahlavi relève moins d’un projet politique précis que d’une urgence : mettre fin au régime des mollahs. Dans un contexte de répression accrue et d’absence d’alternative structurée à l’intérieur du pays, le fils du shah apparaît, pour certains, comme la figure la plus identifiable capable d’incarner une transition.

Plus qu’un leader consensuel, Reza Pahlavi symbolise aujourd’hui, pour une partie de la population iranienne, l’espoir — ou l’illusion — d’un changement de régime devenu, selon eux, inévitable.