Les échecs américains en Afrique réorientent la stratégie de Washington vers l’Amérique latine

13 janvier 2026

Rédaction :Africa Eye

 

Selon un rapport publié par le site The Intercept, l’administration du président américain Donald Trump a dévoilé une nouvelle stratégie de sécurité nationale fondée sur ce qu’elle appelle le « principe Trump », présenté comme une adaptation du principe Monroe historique. Cette orientation vise à renforcer la priorité stratégique des États-Unis sur l’hémisphère occidental, au détriment d’autres théâtres d’intervention, notamment l’Afrique et le Moyen-Orient.

Au cœur de cette stratégie figure une vaste réorganisation des commandements militaires américains. Le projet prévoit la fusion des commandements Nord et Sud en une structure unique baptisée « AmeriCom », chargée de superviser l’ensemble du continent américain. En parallèle, les commandements européen, africain et du Moyen-Orient seraient regroupés au sein d’un commandement international unifié, tandis que le commandement de l’Indo-Pacifique resterait indépendant. Officiellement, cette restructuration vise à concentrer les capacités militaires américaines sur les Amériques et à réduire les engagements extérieurs jugés coûteux et peu efficaces.

Un bilan controversé en Afrique

Le rapport souligne que le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), créé en 2008, a considérablement élargi son champ d’action au cours des quinze dernières années. Cette expansion s’est traduite par l’ouverture de bases militaires, le déploiement de forces spéciales, l’utilisation accrue de drones et un soutien financier important aux armées locales. Toutefois, The Intercept estime que ces efforts n’ont pas produit les résultats escomptés.

En s’appuyant sur des données du Centre d’études stratégiques de l’Afrique du Pentagone, le site affirme que les violences liées aux groupes armés ont fortement augmenté depuis le début des années 2000, notamment dans des zones où la présence américaine est la plus marquée, comme la Somalie et la région du Sahel. Le rapport rappelle également que plusieurs officiers formés par les États-Unis ont joué un rôle dans des coups d’État récents au Mali, au Burkina Faso et au Niger, contribuant à une instabilité politique accrue.

AFRICOM s’était fixé pour objectif stratégique de prévenir l’émergence d’un nouveau leader jihadiste de l’envergure d’Oussama ben Laden, en combattant de nombreux groupes armés et en renforçant les capacités des forces africaines. Néanmoins, The Intercept estime que cette approche essentiellement militaire a souvent aggravé les dynamiques de violence au lieu de les contenir.

L’Amérique latine, nouveau centre de gravité

Toujours selon le rapport, l’intervention américaine au Venezuela et l’arrestation du président Nicolás Maduro marqueraient un tournant clair dans les priorités géopolitiques de Washington. Les États-Unis considéreraient désormais les Amériques comme le principal théâtre de confrontation stratégique. Dans ce contexte, Donald Trump a également évoqué la possibilité d’actions militaires contre d’autres pays de la région, tels que la Colombie ou le Mexique, et même à l’encontre du Groenland, ce qui témoignerait d’un élargissement notable du champ des interventions envisagées.

Les auteurs du rapport mettent toutefois en garde contre le risque de reproduire dans les Amériques les mêmes schémas d’intervention observés en Afrique. Ils estiment que l’exportation d’un modèle sécuritaire standardisé, peu attentif aux réalités locales, pourrait conduire à des résultats similaires en termes d’instabilité et de tensions durables.

Critiques et enjeux politiques

Des chercheurs et experts cités par The Intercept soulignent que les approches militaires privilégiées par Washington n’apportent pas de réponses durables aux causes profondes du terrorisme et des conflits. Stephanie Savell, de l’université Brown, estime que « le modèle de guerre tend à aggraver les crises plutôt qu’à les résoudre ». De son côté, Erik Sperling, de l’organisation Just Foreign Policy, juge que les politiques américaines en Afrique ont souvent été inefficaces, voire contre-productives, et avertit que leur transposition dans l’hémisphère occidental pourrait produire les mêmes effets.

Enfin, le rapport souligne que la réorganisation des commandements militaires s’inscrit dans un contexte plus large de centralisation du pouvoir décisionnel au sein de l’exécutif américain. La réduction du nombre de responsables militaires rendant compte directement au secrétaire à la Défense traduirait une volonté de renforcer le contrôle politique sur les instruments de la puissance militaire, dans un climat marqué par des critiques croissantes sur l’évolution autoritaire de la gouvernance aux États-Unis.